Wednesday, 16 February 2011
L' Egypte révise sa Constitution
L' Egypte révise sa Constitution
LE CAIRE - L'armée égyptienne, en charge du pays depuis la chute du président Hosni Moubarak, a donné dix jours mardi à une commission de juristes pour amender la Constitution et prévenu que de nouvelles grèves seraient "désastreuses" pour le pays. Le conseil suprême des forces armées, auquel M. Moubarak a confié les rênes du pays en démissionnant vendredi, a suspendu dimanche la Constitution et dissous le Parlement, en promettant des élections démocratiques dans les mois à venir.
L'armée a nommé une commission pour réviser la Constitution qui "doit finir de travailler au plus tard dans dix jours", selon un communiqué officiel. Ses membres se sont réunis pour la première fois mardi.
"Nous allons réviser la Constitution pour en retirer toutes les restrictions et obstacles et pour répondre aux aspirations de la révolution et du peuple", a déclaré à l'AFP l'un des membres de cette commission, Sobhi Saleh, avocat et ancien député des Frères musulmans.
D'après deux cybermilitants impliqués dans la révolte populaire qui ont rencontré l'armée dimanche, les militaires ont promis un référendum sur ces amendements d'ici deux mois.
La commission est chargée d'amender cinq articles, dont ceux portant sur les conditions très restrictives de candidature à la présidentielle et le mode de supervision des élections.
Les Frères musulmans, officiellement interdits en Egypte mais tolérés dans les faits, ont annoncé qu'ils comptaient créer un parti politique.
La confrérie suscite la crainte des Occidentaux, qui redoutent l'instauration à terme d'un régime islamique, mais les Frères musulmans disent qu'ils ne sont pas en faveur d'un Etat religieux.
Inquiète de la tourmente économique que traverse l'Egypte, l'armée égyptienne a en outre prévenu que de nouvelles grèves seraient "désastreuses" pour le pays.
Le conseil suprême des forces armées "est conscient des conditions sociales et économiques que traverse la société, mais ces problèmes ne peuvent pas être résolus avant la fin des grèves et des sit-in", a dit le conseil, cité par l'agence officielle Mena.
Les mouvements sociaux étaient suspendus mardi, jour férié marquant l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, mais ils menaçaient de reprendre dans plusieurs secteurs-clés.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a appelé "la communauté internationale à fournir un soutien à l'économie égyptienne durement affectée par la crise politique qui a déferlé sur le pays", selon un communiqué.
Au pic de la révolte, l'économie égyptienne perdait au moins 310 millions de dollars par jour, selon une note récente du Crédit Agricole, qui a abaissé ses prévisions de croissance 2011 pour l'Egypte de 5,3% à 3,7%.
Des arrêts de travail et des manifestations ont eu lieu ces derniers jours dans les secteurs des transports, de la banque, du pétrole, du textile et même au sein de médias officiels et de certains organismes gouvernementaux, pour demander des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail.
La Bourse du Caire, fermée depuis le 27 janvier, a annoncé mardi qu'elle le resterait "jusqu'à ce que le travail reprenne dans le secteur bancaire".
L'Union européenne a commencé mardi à étudier la possibilité de geler les avoirs de plusieurs anciens hauts responsables égyptiens, tandis que la France a d'ores et déjà décidé de les placer sous surveillance en attendant une décision formelle de l'UE.
Agences de presses
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Saturday, 12 February 2011
Egypte : Poursuite des manifestations
Ainsi, malgré l'amorce du dialogue national dimanche par le vice-président Omar Souleïmane entre les tenants du système et l'opposition, dont les islamistes, les manifestants continuent à réclamer le départ du président Moubarak. Lequel continue à s'accrocher au pouvoir. Ainsi, les groupes de jeunes qui ont initié le soulèvement se sont organisés en coalition et restent déterminés à poursuivre leur contestation jusqu'au départ de Hosni Moubarak.
De son côté, le président américain, Barack Obama, a déclaré, hier, que le processus politique amorcé en Egypte a effectué des «progrès». «Evidemment, l'Egypte doit négocier un cheminement» politique. «Et ils font des progrès», a-t-il relevé.
Cependant, le mouvement des Frères musulmans ne compte-t-il pas tirer des dividendes de ce dialogue ? Sachant qu'il est officiellement interdit depuis 1954 ? Membre de ce courant islamiste, Salah Mohamad a indiqué, hier : «Personnellement, je regrette l'idée de ce dialogue national.» Et de poursuivre : «Mais je comprends le besoin de reconnaissance de certains dirigeants.»
Membre du mouvement d'opposition Kifaya, Abdelhalim Qandil a relevé qu'«il y a une vague de colère dans les rues appelant à la démission de Moubarak et elle ne peut être ignorée. Les gens, à cette table, parlent dans le vide.» Cela dit, des divergences sont apparues lors de la séance de dialogue national. Le porte-parole du gouvernement, Magdi Radi, a relevé que les participants à cette rencontre se sont mis d'accord sur «une transition pacifique du pouvoir basée sur la Constitution». Cependant, les Frères musulmans, par la voix d'un de leurs hauts responsables, Mohamed Mursi, ont dénoncé l'insuffisance des réformes proposées. Les propositions consistent, entre autres, en l'ouverture d'un bureau destiné à recevoir les plaintes concernant les prisonniers politiques et la levée des restrictions imposées aux médias, ainsi que la levée de l'état d'urgence «selon la situation sécuritaire».
L'état d'urgence en vigueur en Egypte a été décrété en 1981 suite à l'assassinat du président Anouar Al Sadate. Il est régulièrement reconduit. Dimanche dernier, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a indiqué que son pays refusait le «diktat» de l'étranger. Il a accusé par ailleurs des diplomates étrangers d'avoir «tenté de faire entrer des armes et des appareils de télécommunications dans des valises diplomatiques». Le même jour, l'opposant Mohamed El Baradei a assuré ne pas avoir été invité au dialogue pouvoir-Frères musulmans, qualifiant ces discussions d'«opaques». Le vice-président Omar Souleïmane a refusé d'assumer les pouvoirs de Moubarak, comme le lui a demandé l'opposition.
Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. Des heurts entre policiers et manifestants durant les premiers jours de la contestation, puis entre militants pro et anti-Moubarak le 2 février, ont fait au moins 300 morts, selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés selon des sources officielles et médicales.
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La révolte s'étend, le pouvoir menace
Mise en garde n Le gouvernement a averti, hier, mercredi, que l'armée interviendrait en cas de «chaos» en Egypte, où les manifestations massives ont gagné de grandes villes et des violences sanglantes ont touché le sud reculé.
Durcissant le ton à l'égard des manifestants qui ont rejeté toutes les mesures d'apaisement du régime, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a prévenu que l'armée interviendrait «en cas de chaos pour reprendre les choses en main». «Si cela arrive (...), les forces armées se verront obligées de défendre la Constitution et la sécurité nationale de l'Egypte. Nous serons dans une situation très dangereuse», a-t-il dit, selon l'agence officielle Mena. M. Aboul Gheit a aussi accusé les Etats-Unis de chercher à «imposer» leur volonté à l'Egypte par leur exigence de réformes immédiates, dans un entretien à la chaîne américaine PBS. Déjà mardi, le vice-président Omar Souleimane avait averti qu'une fin immédiate du régime «signifierait le chaos». Les propos de M. Souleimane ont été dénoncés par l'opposition, dont les Frères musulmans, bête noire du régime. «Il s'agit d'une menace inacceptable aux yeux du peuple égyptien», a affirmé un responsable de la confrérie. Les manifestations «continueront quelles que soient les menaces». L'armée, épine dorsale du régime, a été appelée le 28 janvier en renfort de la police, en particulier pour faire respecter le couvre-feu instauré au Caire, à Alexandrie (nord) et à Suez (est). Présente autour de la place Tahrir, elle n'est pas intervenue pour faire partir les milliers de manifestants anti-Moubarak qui y sont installés jour et nuit.
Au 16e jour de la révolte, sur la place Tahrir au Caire, symbole du mouvement de contestation, des dizaines de milliers de manifestants ont encore réclamé le départ de M. Moubarak. Les protestations ont touché une ville à 400 km au sud du Caire, El-Kharga, où cinq personnes, blessées la veille dans des heurts entre manifestants et policiers qui ont fait usage de balles réelles, ont succombé, hier, selon des sources médicales. Il y a aussi eu une centaine de blessés. A la contestation politique se sont ajoutés des mouvements sociaux portant sur les salaires ou les conditions de travail, dans les arsenaux de Port-Saïd (nord-est), dans des sociétés privées travaillant sur le canal de Suez (est) ou encore à l'aéroport du Caire.
Des centaines de manifestants ont encerclé le Parlement et le siège du gouvernement au Caire, situés face à face. Les deux bâtiments étaient protégés par des blindés et le Conseil des ministres a dû se tenir dans un autre lieu. La révolte a aussi touché la ville d'Assiout, au sud du Caire, où des manifestants anti-Moubarak ont bloqué une voie de chemin de fer et coupé une autoroute reliant le nord et le sud du pays. Des manifestants ont également saccagé un bâtiment officiel à Port Saïd (nord-est), à l'entrée méditerranéenne du canal de Suez.
Parallèlement, la vie a continué de reprendre son cours au Caire, où la plupart des commerces avaient rouvert.
Mais le nouveau ministre de la Culture, Gaber Asfour, a annoncé sa démission, en invoquant des «raisons médicales».
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